{"id":588,"date":"2025-04-07T17:15:54","date_gmt":"2025-04-07T15:15:54","guid":{"rendered":"https:\/\/entrevivre.fr\/?p=588"},"modified":"2025-04-07T18:25:20","modified_gmt":"2025-04-07T16:25:20","slug":"w-ou-le-souvenir-denfance-de-georges-perec","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/entrevivre.fr\/index.php\/2025\/04\/07\/w-ou-le-souvenir-denfance-de-georges-perec\/","title":{"rendered":"W ou le souvenir d\u2019enfance de Georges Perec"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>W ou le souvenir d\u2019enfance<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Auteur<\/strong> : Georges Perec<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Date de publication<\/strong> : 1975<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Genre<\/strong> : Roman autobiographique et fiction dystopique<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Th\u00e8mes principaux<\/strong> : m\u00e9moire, enfance, identit\u00e9, Shoah, sport, totalitarisme<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-4f3c019dabad7f41837cd103d8757832\"><strong>Qui est Georges Perec\u00a0? <\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full is-resized\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"592\" src=\"https:\/\/entrevivre.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/perec.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-603\" style=\"width:135px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/entrevivre.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/perec.jpg 500w, https:\/\/entrevivre.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/perec-253x300.jpg 253w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>N\u00e9 en 1936, il a v\u00e9cu les horreurs de la seconde guerre mondiale dans sa petite enfance. Orphelin de ses parents, sa m\u00e8re d\u00e9c\u00e8de au camp de Auschwitz, il sera \u00e9lev\u00e9 par sa tante d\u00e8s 1945. On lui pr\u00eate son premier roman (nouvelle) \u00e0 20 ans. L\u2019ensemble de son \u0153uvre n\u2019est pas \u00ab&nbsp;\u00e9tiquetable&nbsp;\u00bb Ne serait-il pas logique de le qualifier de \u00ab performeur&nbsp;\u00bb ou de testeur de style&nbsp;? Le P\u00e9r\u00e9quisme&nbsp;? <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Perec est unique comme tous les v\u00e9ritables \u00e9crivains. Son truc, c\u2019est de ne jamais \u00e9crire le m\u00eame livre&nbsp;\u00e0 tous les niveaux (style, histoire). Voyez un peu la diff\u00e9rence avec des auteurs qui se disent \u00ab \u00e9crivains&nbsp;\u00bb comme Michel Bussi&nbsp;qui ne connait pas le concept de l\u2019innovation. L\u2019homme est avant tout un \u00e9corch\u00e9 de la vie. Il projette dans son style litt\u00e9raire une cr\u00e9ativit\u00e9 sans retenue jouant m\u00eame avec les mots jusqu\u2019\u00e0 se donner des d\u00e9fis&nbsp;. Il a tout perdu d\u00e8s l\u2019enfance. D\u00e8s lors, il n\u2019a aucune retenue et il va l\u2019\u00e9crire&nbsp;sans vulgarit\u00e9, sans m\u00e9chancet\u00e9 mais avec une \u00e9nergie litt\u00e9raire qui transforme chacune de ses \u0153uvres en livre de chevet.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-9b3993270caaad5c22188beb15788be1\"><strong>Contexte historique et litt\u00e9raire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Perec \u00e9crit ce livre \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la m\u00e9moire de la Shoah \u00e9merge davantage dans la litt\u00e9rature (apr\u00e8s les \u0153uvres de Primo Levi, par exemple). Il adopte une d\u00e9marche moderne : m\u00e9langer autobiographie et fiction, jouer sur les discontinuit\u00e9s, refuser le r\u00e9cit lin\u00e9aire. Il anticipe les d\u00e9bats contemporains sur la m\u00e9moire individuelle face \u00e0 la m\u00e9moire collective.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-0e0e731e6b994e231c1dc26e063b6495\"><strong>W ou le souvenir d\u2019enfance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Voil\u00e0 un roman \u00e9tonnant. Le livre alterne deux r\u00e9cits enchev\u00eatr\u00e9s. Les deux histoires se rencontrent, s\u2019effleurent, se r\u00e9pondent constamment. &nbsp;L\u2019une est autobiographique, l\u2019autre est imaginaire. Ainsi, un chapitre sur deux est consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019une des histoires. L\u2019une apparait en \u00e9criture habituelle, l\u2019autre en italique afin de marquer la diff\u00e9rence.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans le r\u00e9cit autobiographique, Perec part dans la reconstruction de ses souvenirs d\u2019enfance autour de ses parents qu\u2019il a perdu tr\u00e8s jeune pendant la seconde guerre mondiale. Affirmant au d\u00e9part qu\u2019il a tout oubli\u00e9 de ses premi\u00e8res ann\u00e9es, il va s\u2019engager dans une qu\u00eate de ces \u00e9poques effac\u00e9es. Peu \u00e0 peu, il d\u00e9livre des sc\u00e8nes brumeuses dans son esprit qui prennent forme. Perec insiste sur Imperfection, le silence et l\u2019oubli. Il tente de se rappeler et parfois ca marche par bribes. Le r\u00e9cit sur enfance est fragmentaire : Perec avoue lui-m\u00eame que sa m\u00e9moire &nbsp;lui joue des tours le laissant parfois dans la brume. D\u2019ailleurs, Il remet en question ses propres souvenirs : \u201cJe ne sais pas si ce que j\u2019\u00e9cris est vrai\u00a0\u00bb. La structure m\u00eame du r\u00e9cit refl\u00e8te une m\u00e9moire bris\u00e9e par le traumatisme de la perte de ses parents.<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Puis il y a le r\u00e9cit fictif : l\u2019histoire de \u00ab W \u00bb. Il s\u2019agit d\u2019une fiction apparemment inspir\u00e9e d\u2019un texte que Perec a \u00e9crit \u00e0 13 ans. On y suit un gar\u00e7on dans un monde imaginaire nomm\u00e9 W, une \u00eele r\u00e9gie par les r\u00e8gles absolues du sport de comp\u00e9tition. Mais ce monde se r\u00e9v\u00e8le de plus en plus cruel, injuste et totalitaire, pour finalement appara\u00eetre comme une m\u00e9taphore des camps nazis. Au d\u00e9part, on pense \u00e0 une utopie sportive \u00e9trange. Tr\u00e8s vite, on d\u00e9couvre un univers bas\u00e9 sur la soumission, l\u2019arbitraire, la cruaut\u00e9, les punitions collectives. Le sport devient un outil de domination, et le syst\u00e8me, une all\u00e9gorie du camp de concentration. Cette fiction est un compl\u00e9ment \u00e0 ce qu\u2019il ne peut affirmer dans l\u2019autobiographie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-2107f9f9ee27265e5b9d23b72450b2b7\"><strong>Les &nbsp;Th\u00e8mes majeurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>M\u00e9moire et oubli : L\u2019un des fils conducteurs. Perec montre qu\u2019il est difficile de \u201cdire\u201d son pass\u00e9, surtout quand il est traumatique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Enfance vol\u00e9e : Il \u00e9voque ce que la guerre lui a enlev\u00e9 \u2013 l\u2019insouciance, les rep\u00e8res, les parents.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Shoah et d\u00e9portation : Pr\u00e9sentes en creux, jamais d\u00e9crites frontalement. L\u2019horreur passe par le symbolisme.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Langage et fiction : Perec joue avec la forme, entre r\u00e9cit autobiographique et all\u00e9gorie. Il interroge la capacit\u00e9 du langage \u00e0 rendre compte de l\u2019indicible.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-c4da4a77c7fab58ab5673f6aa752808f\"><strong>Personnages principaux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le \u201cje\u201d du narrateur : Georges Perec lui-m\u00eame, qui cherche \u00e0 se souvenir, \u00e0 se reconstituer par fragments.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Gaspard Winckler : Nom donn\u00e9 au personnage du r\u00e9cit fictif (\u00e9galement utilis\u00e9 par Perec dans <em>La Disparition<\/em>). Il devient un double fictionnel du narrateur.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les dirigeants de W : figures anonymes, inhumaines, incarnant le totalitarisme et la logique concentrationnaire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-a6f2e59b2f07941f0dbf2a5f1e245fb9\"><strong>&nbsp;Citations cl\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u201cJe n\u2019ai pas de souvenirs d\u2019enfance.\u201d Elle annonce l\u2019axe du roman et son ambivalence.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u201cIl n\u2019y a pas de fiction qui tienne face \u00e0 ce que furent les camps.\u201d Perec reconna\u00eet les limites de l\u2019\u00e9criture avec l\u2019horreur du v\u00e9cu.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u201cLes r\u00e8gles sont fix\u00e9es, puis transgress\u00e9es, puis ignor\u00e9es.\u201d &nbsp;Propos du monde de W : refl\u00e8te l\u2019arbitraire des r\u00e9gimes totalitaires.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-vivid-red-color has-text-color has-link-color wp-elements-8bcdb5f8f584d86d299d99cbf5132c48\">Mon avis <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un livre difficile au premier abord est captivant au fur et \u00e0 mesure de sa lecture. Il est d\u2019une intensit\u00e9 bouleversante. Perec ne livre pas de r\u00e9ponses, mais pose des questions essentielles sur la m\u00e9moire, le traumatisme, l\u2019\u00e9criture. L\u2019alternance des deux r\u00e9cits rend la lecture exigeante, mais tr\u00e8s riche. C\u2019est selon moi un chef-d\u2019\u0153uvre. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce livre m\u2019a touch\u00e9 dans les th\u00e9matiques abord\u00e9es. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 moi-m\u00eame touch\u00e9 directement par l\u2019horreur des camps nazis. Un de mes grands-p\u00e8res fut intern\u00e9 5 ans au camp de Buchenwald. Je l\u2019ai toujours connu affubl\u00e9 d\u2019un corset. Telle une armure, il servait \u00e0 tenir son squelette mis en miettes par les traitements immondes re\u00e7us l\u00e0-bas. Il dormait dans un lit sp\u00e9cial. Une planche de bois d\u2019une forte \u00e9paisseur faisait guise de sommier. Sinon, il \u00e9tait impossible pour lui de dormir\u2026 ou alors par terre ! J\u2019avais 10 ans lorsqu\u2019il mourut. C\u2019est bien plus tard que je compris l\u2019horreur de ces 5 ann\u00e9es pass\u00e9es, au travers de diff\u00e9rents documentaires.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong> C\u2019est l\u2019ouvrage de Perec qui me permit r\u00e9ellement d\u2019associer la vie de mon grand-p\u00e8re avec l\u2019atrocit\u00e9 des camps.<br><em>W ou le souvenir d\u2019enfance<\/em> m\u2019a fortement boulevers\u00e9. Ce livre a ouvert l\u2019ensemble de ma curiosit\u00e9 \u00e0 tout conna\u00eetre du nazisme et de \u00ab l\u2019inhumanisme \u00bb dont l\u2019\u00eatre humain est capable.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong> Je suis passionn\u00e9 par le travail de Perec. J&rsquo;ai pratiquement tout lu de ce qui fut \u00e9dit\u00e9 de cet auteur. \u00a0\u00bb W ou le souvenir d&rsquo;enfance\u00a0\u00bb est l&rsquo;ouvrage que j&rsquo;ai le plus relu dans mon existence. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>W ou le souvenir d\u2019enfance Auteur : Georges Perec Date de publication : 1975 Genre : Roman autobiographique et fiction dystopique Th\u00e8mes principaux : m\u00e9moire, enfance, identit\u00e9, Shoah, sport, totalitarisme Qui est Georges Perec\u00a0? N\u00e9 en 1936, il a v\u00e9cu les horreurs de la seconde guerre mondiale dans sa petite enfance. Orphelin de ses parents,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":589,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"single-leftsidebar-template","format":"standard","meta":{"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[37,38],"tags":[],"class_list":["post-588","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-fiche-lecture","category-roman"],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/entrevivre.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/588","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/entrevivre.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/entrevivre.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/entrevivre.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/entrevivre.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=588"}],"version-history":[{"count":20,"href":"https:\/\/entrevivre.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/588\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":619,"href":"https:\/\/entrevivre.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/588\/revisions\/619"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/entrevivre.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/589"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/entrevivre.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=588"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/entrevivre.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=588"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/entrevivre.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=588"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}